22ndSep

Porno : où est le problème ? La réponse de Christopher West, tirée de son livre Bonne nouvelle sur le sexe et le mariage.

La pornographie est attirante. Il ne sert à rien de nier cette réalité, de ne pas en tenir compte. Au contraire, il faut se demander pourquoi. Pourquoi la pornographie est-elle si attirante ? Comment se fait-il qu’elle puisse atteindre notre âme et avoir sur nous une emprise telle qu’elle semble nous aspirer avec une force irrésistible ? Je parle en tant qu’homme, bien sûr. La pornographie visuelle est un phénomène qui concerne majoritairement les hommes (mais aussi les femmes, ndlr, pour 1/5 des personnes concernées). La pornographie exploite les mécanismes d’excitation sexuelle des hommes plus que ceux des femmes. C’est ce qui explique que l’équivalent du magazine Playboy, mais pour les femmes (1) soit beaucoup plus acheté par les hommes homosexuels que par les femmes hétérosexuelles. La plupart des femmes ne sont pas «émoustillées » en regardant des photos d’hommes nus (2).

Certaines femmes, de plus en plus addicts, préfèrent les romans d'amour « érotiques »... voire carrément pornos.

Certaines femmes, de plus en plus addicts, préfèrent les romans d’amour « érotiques »… voire carrément pornos.

Il existe malgré tout une sorte d’équivalent féminin de la pornographie : les romans d’amour « érotiques » (mais aussi les bds érotiques, les mangas porno, ndlr). Le fait que les femmes soient beaucoup plus attirées par ces romans que par la pornographie révèle clairement quelque chose du psychisme féminin. Pour la plupart des femmes, les images seules ne suffisent pas. Elles ont besoin de l’histoire, de la romance enchanteresse, de la montée de l’émotion et du drame. Même si socialement ces romans sont plus acceptables que la pornographie, ils n’en sont pas moins une distorsion de la relation entre l’homme et la femme. Sous des formes différentes, les deux font appel au désir blessé de satisfaire son besoin sexuel. La pornographie satisfait chez les hommes la pulsion d’être stimulé physiquement et visuellement, tandis que les romans d’amour satisfont chez les femmes le pulsion d’être stimulée émotionnellement et sentimentalement. Aucun de ces deux recours n’est sain. Aucun des deux ne nous construit dans la vérité ; au contraire, ils nous enlisent dans le mensonge.

Alors où est le problème, avec le porno ?

Une fois encore, si nous restons enfermés dans notre perspective et nos désirs blessés par le péché,  la réponse est : nulle part. C’est complètement « normal ». C’est « naturel ». Mais si nous laissons retentir dans notre cœur l’écho, même le plus faible du plan originel de Dieu sur la sexualité, la pornographie illustre parfaitement à quel point nous nous en sommes écartés.

Si nous voulons un jour découvrir l’amour vrai, la vraie joie, le vrai bonheur, nous devons redécouvrir la «signification sponsale du corps » (c’est-à-dire ce qui caractérise l’amour spécifique entre un homme et une femme). Et donc vivre en conséquence : nous devons donc mourir à notre convoitise, et faire l’expérience du salut de notre corps, de notre sexualité dans le Christ, dès ici bas.

Où est le problème ? Le porno, c’est l’enfer, c’est vivre coupé de l’amour de Dieu. Or Jésus, étant venu nous sauver, ne nous laisse pas nous complaire dans notre péché, mais nous offre le salut, avec la force pour l’homme et la femme de s’aimer comme ils y étaient appelés dans le plan originel de Dieu. Et c’est pour maintenant, dès ici bas ! C’est la seule voie vers l’épanouissement humain véritable. Ce salut n’est pas un élément mineur ou annexe du message évangélique. Comme le dit Jean-Paul II, la redécouverte de la signification sponsale du corps – donc appelé à se donner par amour – signifie toujours la redécouverte de la signification de toute l’existence, de toute la vie (2).

Alors pour revenir à la question « Où donc est le problème avec le porno ? », le problème, c’est qu’elle nous prive de la signification même de la vie. Elle est un message anti-évangélique parce qu’elle cherche à nourrir précisément ces désirs sexuels déformés contre lesquels nous devons lutter pour découvrir le véritable amour.

Si la concupiscence est un feu que nous devons laisser le Christ éteindre, la pornographie est l’essence qui en attise la flamme. Aucun effort de rationalisation, aucune excuse du genre : « C’est normal », ou « les hommes resteront toujours les hommes », ne pourra changer ce qu’est la pornographie et l’influence qu’elle a sur la manière dont les hommes considèrent les femmes et dont les femmes se considèrent elles-mêmes.

Le porno dégrade les femmes

Où est le problème ? Dans nos cultures, la plupart des hommes sont tellement conditionnés par la pornographie et d’une manière générale, par l’image de la femme véhiculée par les médias, que les femmes subissent une immense pression pour être à la hauteur et séduisantes. La plupart de ces images de femmes ne sont même pas réelles : elles sont retouchées par ordinateur pour enlever toute « tache » (en fait, toute trace d’une humanité normale). Les femmes en sont réduites à essayer de se conformer à un canon de « beauté » absolument inatteignable. La hausse de certains troubles des comportements alimentaires chez les femmes, et même chez les jeunes filles, est un exemple manifeste des effets de la culture pornographique sur le psychisme féminin. En termes clairs et nets, la pornographie dégrade terriblement les femmes. D’ailleurs, le groupe de musique Tears for Fears a écrit une chanson, « Woman in Chains » (Femme enchaînée), qui exprime remarquablement bien la manière dont les désirs sexuels des hommes affectent les femmes. Il vaut la peine d’en méditer les paroles, notamment celles-ci : « Au plus profond de ton cœur / demeurent des blessures / que le temps ne peut guérir […] Ce monde est devenu fou / il tient les femmes enchaînées ».

Apprendre à aimer

Où est le problème ? Si les les hommes veulent être des hommes, ils doivent apprendre à aimer les femmes. Ils doivent apprendre à les voir non pas comme des choses destinées à leur satisfaction sexuelle, mais comme des personnes créées à l’image de Dieu. Or la pornographie ne fait que nourrir en l’homme blessé par le péché son inclination à traiter les femmes comme des choses faites pour le satisfaire sexuellement. Tant qu’un homme reste pris dans les griffes du porno, il se rend incapable d’aimer les femmes comme il convient. Tant qu’il reste dans ses griffes, il ne peut espérer avoir une relation saine et pure avec une femme. Il ne peut espérer se marier dans la sincérité, la fécondité et la fidélité. Les hommes qui s’adonnent à la pornographie s’émasculent eux-mêmes.

Non pas que le corps nu soit mauvais, ni que voir des images du corps au soit mal. Ce qui est mal, c’est la convoitise qui gît dans le cœur humain le désir de la nourrir. Ce qui est mal, c’est de présenter le corps humain d’une manière qui incite intentionnellement à la luxure et réduit l’être humain à un objet pour satisfaire la convoitise.

Comme antidote, je vous propose de regarder les corps nus peints par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. Au moment de la restauration de cette chapelle, le pape Jean-Paul II avait demandé que soient enlevés les pagnes peints par des clercs pudibonds pour cacher le sexe de certains personnages. Pourquoi cela ? Parce que Jean-Paul II était persuadé qu’un artiste qui comprend la signification sponsale du corps humain peut le peindre nu et nous aider à voir la vraie beauté de notre être, créé dans sa masculinité et dans sa féminité à l’image de Dieu.

Cette conscience de la dignité du corps, Michel-Ange l’avait clairement. Tel n’est clairement pas le cas de Hugh Hefner ou de Larry Flint (3). Au fond, dans la perspective de Jean-Paul II, le problème de la pornographie n’est pas qu’elle révèle trop d’une personne : c’est qu’elle n’en révèle pas assez. Il y a dans l’âme humaine un désir profond et insatiable de connaître et de comprendre la signification du masculin et du féminin. Malheureusement, rares sont ceux qui apprennent à exprimer et à satisfaire de manière chaste et appropriée ce besoin qui vient de Dieu. Privé de la vérité, il est hélas très facile de succomber aux mensonges et de chercher à satisfaire ses besoins légitimes et sa curiosité sous des formes terriblement déformées.

C’est pour cela que la grande majorité du trafic sur Internet est pornographique. C’est pour cela que la pornographie attire autant. C’est pour cela qu’il y a plus de sexshops que de McDonald’s aux États-Unis. C’est pour cela que l’industrie de la pornographie, pour les seuls États-Unis, rapporte plusieurs milliards de dollars par an.

L’antidote à la pornographie, c’est de remplir par la vérité ce profond besoin intérieur de connaître le sens de la sexualité. En découvrant la vérité de la sexualité, le profond mystère du plan de Dieu tel qu’il se révèle à travers nos corps, nous découvrons ce que nous avons cherché toute notre vie. Si la vérité de la sexualité habite notre esprit et notre cœur, les mensonges ne nous attirent plus parce que nous les voyons tels qu’ils sont: des contrefaçons virtuelles et vides.

Loué soit Dieu ! La vraie beauté des vrais hommes et des vraies femmes comble et éblouit bien plus le regard que les images pornographiques modifiées par ordinateur. Demandons à Dieu de nous donner les yeux pour le voir. Prions pour obtenir la vertu de pureté, que Jean-Paul II décrit comme la gloire de Dieu révélée dans notre corps (4).

« Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu »

– Evangile selon saint Matthieu 5, 8

Si vous consommez du porno et êtes enfermé dans cette mauvaise habitude, si vous avez été exposé un jour ou l’autre à la pornographie et cherchez à vous défaire de ses effets, si vous êtes la femme, la fiancée ou la petite amie d’un homme qui consomme de la pornographie, ne désespérez pas. Demandez de l’aide. Vous découvrirez qu’il y a de l’espoir et que vous pouvez être guéri.

Et toi, qu’en penses-tu ? Viens en discuter avec nous sur le live chat’ ! (discussion anonyme et gratuite)

 


Notes

(1). Il s’agit de Playgirl, l’équivalent, pour les femmes, du magazine Playboy.

(2). Jean-Paul II, Homme et femme il les créa, p. 257. Et p. 270 : « C’est précisément cela la perspective de tout l’Evangile, de tout l’enseignement et même de toute la mission du Christ »

(3). Hugh Hefner est le fondateur et propriétaire du magazine Playboy. Larry Flint est un producteur de vidéos et de magazines pornographiques.

25. Cf. JEan-Pau Il, Homme et femme il les créa, op. cit., p. 313.


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